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REVUE DE PRESSE 0846
Manifeste pour l’égalité réelle. Oui nous pouvons !.
Le Journal du Dimanche
Yazid Sabeg, samedi 8 novembre 2008 à 21:40
L'élection de Barack Obama éclaire par un contraste cruel les manquements de la République française et l'écart qui nous sépare d'un pays dont les citoyens ont su dépasser la question raciale et élire pour président un homme qui se trouve être noir. L'Amérique a confirmé la validité d'un modèle démocratique fondé sur l'équité et la diversité.
Quelle leçon! Nous autres Français, qui revendiquons notre universalisme pour faire pièce à cette diversité, devons bien écouter celle-ci. En négligeant sa propre diversité, la France désespère une large frange de sa jeunesse et l'empêche d'être fière de son pays. Nous sentons partout la crispation identitaire, des sifflements de La Marseillaise aux rappels à l'ordre civique qui restent vains et incompris.
Il ne faut pas s'étonner que la popularité d'Obama soit si forte ici : elle témoigne des aspirations de tous les enfants de la République, qui vivent par procuration une reconnaissance que la France ne leur donne pas. Elle trahit aussi la mauvaise foi de ceux qui saluent la victoire de la modernité hors de nos frontières, pour tolérer ici le statu quo.
Pourtant, la société française est l'une des plus métissées du monde. Mais quelle conception de l'homme faut-il se faire pour accepter que l'élite économique, politique, sociale y reste une chasse gardée ? Les pays qui réussissent à promouvoir l'égalité et la justice, ceux-là seuls auront leur place dans la mondialisation des hommes et des idées. Les autres sont condamnés à devenir des provinces de la démocratie, rétrogrades, décalées, hors du coup. Pour en sortir, nous avons besoin de politiques résolument volontaristes pour l'équité et la diversité. Il ne suffit pas de proclamer l'égalité pour la faire advenir : c'est un processus de longue haleine et non pas spontané, que nous avons le devoir et l'intérêt d'engager.
Les Etats-Unis ont engagé en leur temps des actions positives qui ont fait émerger une classe moyenne noire qui a été l'antichambre de l'élite. Sans doute faut-il les adapter au contexte français. Mais nous en avons tant besoin ! La France est fatiguée des médiateurs, des organismes aux dénominations tonitruantes, des actes symboliques et des déclarations formelles.
Avec l'arrivée d'Obama, on ne pourra plus faire très longtemps le coup de la diversité ennemie du mérite, ni justifier l'injustice par le principe d'égalité. Nous, acteurs de la vie publique, Français et Françaises de bonne volonté, soucieux de la promesse démocratique de notre pays, désireux de restaurer une conscience civique authentique, demandons la mise en oeuvre effective d'un programme minimal pour l'égalité réelle:
- Engager des politiques publiques qui combattent les conséquences sociales des discriminations.
- Systématiser les politiques volontaristes de réussite éducative et la promotion des talents dans les quartiers populaires.
- Promouvoir des politiques urbaines qui permettent de réaliser la diversité sociale et de peuplement.
- Inciter fortement les employeurs et le premier d'entre eux, l'Etat, à mettre en place des politiques de promotion de la diversité, fondées sur l'obligation de résultat.
- Limiter les mandats électoraux pour forcer le renouvellement du monde politique.
- Soumettre les partis politiques à un pacte national de la diversité et organiser un Grenelle de l'égalité réelle et de la diversité.
"Un manifeste pour l'égalité réelle", soutenu par Carla Bruni-Sarkozy
LEMONDE.FR | 09.11.08 | 11h26 • Mis à jour le 09.11.08 | 12h11
Evoquant la "leçon" que constitue pour la France la victoire de Barack Obama à la présidentielle américaine, un "manifeste pour l'égalité réelle", publié par le Journal du Dimanche daté du 9 novembre, réclame un Grenelle sur ce thème. "En négligeant sa propre diversité, la France désespère une large frange de sa jeunesse et l'empêche d'être fière de son pays. Nous sentons partout la crispation identitaire, des sifflements de La Marseillaise aux rappels à l'ordre qui restent vains et incompris", estime ce texte lancé par Yazid Sabeg. Ce fils de docker algérien devenu industriel, qui fut proche de Raymond Barre, puis de Jean-Louis Borloo, fut l'un des initiateurs de la Charte de la diversité dans l'entreprise, lancée en 2004 par l'Institut Montaigne (club de réflexion de l'UMP). Il estime cependant dans le JDD que "le président Sarkozy n'a rien fait pour améliorer le sort des minorités".
Intitulé "Oui nous pouvons!", en référence au slogan de campagne du candidat démocrate américain, "Yes we can !", son manifeste a été signé par des responsables politiques de divers bords, comme Jean-François Copé et Patrick Devedjian (UMP), Dominique Voynet (Verts), Christiane Taubira (PRG), Arnaud Montebourg et Christian Paul (PS) et par des personnalités de la société civile, tels l'avocat Théo Klein, l'historien Benjamin Stora, ou le collectif Les Gracques. Carla Bruni-Sarkozy déclare dans un entretien au JDD être "d'accord avec le texte", tout en expliquant que son statut d'épouse du président de la République l'a retenue de le signer.
Le manifeste formule six demandes : "Engager des politiques publiques qui combattent les conséquences sociales des discriminations, systématiser les politiques volontaristes de réussite éducative et la promotion des talents dans les quartiers populaires, promouvoir des politiques urbaines qui permettent de réaliser la diversité sociale et de peuplement, inciter fortement les employeurs et le premier d'entre eux, l'Etat, à mettre en place des politiques de promotion de la diversité fondées sur l'obligation de résultat, limiter les mandats électoraux pour forcer le renouvellement du monde politique, soumettre les partis politiques à un pacte national de la diversité et organiser un Grenelle de l'égalité réelle et de la diversité".
Crise financière : Washington change de stratégie
Bertille Bayart
LE FIGARO 13/11/2008 | Mise à jour : 06:50 |
Le Trésor ne rachètera pas les actifs «toxiques» des banques
Secrétaire au Trésor d'une Administration Bush sur le départ, Henry Paulson a effectué hier un virage important quant à son traitement de la crise financière. Son «diagnostic» a changé, a-t-il reconnu hier. Conséquence : son plan de sauvetage mobilisant 700 milliards de dollars ne sera pas consacré à racheter les créances et autres produits «toxiques» détenus par les banques, mais à recapitaliser le secteur financier. Henry Paulson abandonne donc ce qui était l'objectif initial du plan «TARP» (Troubled Asset Relief Program ou programme de sauvetage des actifs en difficulté), et qui porte son nom.
Ce plan avait été annoncé le 21 septembre, soit une semaine après le dépôt de bilan de Lehman Brothers et le sauvetage de l'assureur AIG, pour offrir un traitement global à une crise qui semblait devoir emporter les institutions financières américaines les unes après les autres. Son objectif : débarrasser les bilans des banques au bord de l'asphyxie de montagnes d'actifs «toxiques», à commencer par tous les produits financiers assis de près ou de loin sur les crédits hypothécaires subprime.
La tâche était colossale. Elle n'a jamais été entreprise. Depuis un mois, une équipe s'arrache les cheveux à mettre en place un système permettant de drainer, à un prix acceptable à la fois par les banques et par le contribuable, ces masses d'actifs compromis.
Parallèlement, les fonds du plan Paulson ont été employés à d'autres missions. Le secrétaire au Trésor a, en fait, déjà engagé 290 milliards de dollars sur la première enveloppe de 350 milliards que lui a votée le Congrès le 3 octobre.
Revitaliser le crédit
Moins d'une semaine plus tard, la Grande-Bretagne a en effet lancé une vaste opération de recapitalisation de ses banques, imitée ensuite par l'Europe continentale, notamment le Benelux. Henry Paulson a également emboîté le pas à Londres et recapitalisé, quasiment de force, neuf grandes banques américaines pour 125 milliards de dollars. Avant demain, il aura reçu les candidatures de toutes les autres institutions postulant à des injections, pour 125 autres milliards de dollars. Lundi, le Trésor a achevé sa conversion, en annonçant souscrire pour 40 milliards de dollars d'actions préférentielles émises par l'assureur AIG. «La mesure la plus efficace et la plus rapide pour améliorer les conditions du marché du crédit était de renforcer les bilans des banques en achetant directement des actions dans ces banques», a déclaré hier Henry Paulson.
L'actuel secrétaire au Trésor n'exclut cependant pas d'élargir son champ d'action, dans la mesure où cela s'inscrit dans son mandat initial de traiter la crise financière. «Nous allons également prendre en compte les besoins de capitaux des institutions financières non bancaires qui ne sont pas éligibles au plan de recapitalisation actuel», a-t-il ainsi affirmé, excluant en revanche de franchir le pas qui l'amènerait à utiliser «son» plan pour venir en aide aux constructeurs automobiles.
Henry Paulson se concentre sur les moyens de revitaliser le crédit aux particuliers (à la consommation, automobile ou étudiant), auparavant alimenté à 40 % par le marché de la titrisation, pour éviter aux États-Unis une récession plus profonde encore : «Rien d'autre (n'aura) un impact plus important et plus stimulant que de faire (en sorte) que le crédit fonctionne à nouveau».
Crise économique: le sombre tableau de l'OCDE
Le Parisien Jeudi, 13 novembre 2008 - 12h16
"Récession": les dirigeants des grands pays industrialisés ne lâchent pas volontiers le motL, s'agissant des perspectives économiques 2009. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est plus carrée dans ses projections. Elle prévoit une récession de l'ordre de -0,3% en 2009 avec une poursuite de la crise financière jusqu'à la fin de l'année prochaine et une forte baisse des prix de l'immobilier en Europe.
Dans ses prévisions révisées pour les Etats-Unis, la zone euro et le Japon publiées jeudi, l'organisation assure que l'ensemble des pays riches qui la composent devrait connaître une croissance de son Produit intérieur brut de +1,4% en 2008, puis une récession de -0,3% en 2009 avant une reprise de +1,5% en 2010. Pour les Etats-Unis, le PIB devrait augmenter de +1,4% en 2008 puis décroître de -0,9% en 2009 avant de reprendre à +1,6% en 2010. Pour le Japon, ces mêmes chiffres devraient être respectivement de +0,5%, -0,1% et +0,6% et pour la zone euro de +1,1%, -0,5% et +1,2%.
Conséquence de cette phase de récession, une situation de l'emploi dégradée. Le chômage devrait passer de 5,9% pour l'ensemble de l'OCDE en 2008 à 6,9% l'année prochaine puis 7,2% en 2010. La hausse serait particulièrement marquée dans la zone euro avec 8,6% en 2009 puis 9% en 2010, plus faible aux Etats-Unis (7,3% en 2009 et 7,5% en 2010) et contenue à 4,4% au Japon en 2009 et en 2010. «La situation de crise financière extrême qui est celle depuis la mi-septembre devrait être de courte durée mais sera suivie par une période prolongée de turbulences financières jusqu'à la fin 2009 avec une normalisation graduelle ensuite», estime l'organisation.
Ces facteurs négatifs devraient toutefois être en partie compensés par l'augmentation du revenu réel des ménages résultant de la baisse du prix des matières premières, tandis que l'inflation devrait diminuer après ses pics de l'été dernier pour passer progressivement à 1,7% en 2009 et 1,5% en 2010 après 3,3% en 2008.
Parmi les facteurs d'incertitude figurent le délai de retour à la normale du sytème financier avec notamment le risque de nouvelles faillites d'institutions financières. Les pays émergents pourraient aussi être plus durement touchés qu'anticipé par le ralentissement du commerce mondial.
La zone euro est entrée en récession, pour la première fois depuis sa création
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 14.11.08 | 11h39 • Mis à jour le 14.11.08 | 13h34
La zone euro est entrée en récession pour la première fois depuis sa création, en 1999, avec un recul de 0,2 % de son produit intérieur brut au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent, a indiqué, vendredi 14 novembre, l'office statistique européen Eurostat. Pour les quinze pays de l'Union européenne utilisant la monnaie unique, il s'agit à ce stade d'une "récession technique", définie par deux trimestres au moins de recul du PIB, après une première baisse de 0,2 % de leur PIB au deuxième trimestre.
Dans le détail, l'Allemagne (première économie de la zone euro) et l'Italie (troisième économie de la zone euro) sont entrées en récession au troisième trimestre, avec une nouvelle contraction de leur PIB, après avoir déjà enregistré des reculs au trimestre précédent. Jeudi, l'Allemagne avait annoncé un recul de 0,5 % après une contraction de 0,4 % au trimestre précédent. Vendredi, l'Italie a, à son tour, annoncé un recul de 0,5 %, la baisse la plus importante depuis dix ans, après une contraction de 0,3 % au deuxième trimestre. Le repli du PIB est dû à "la diminution de la valeur ajoutée de l'agriculture, de l'industrie et des services", explique l'institut de statistiques italien, Istat, qui doit confirmer son estimation le 10 décembre.
L'UE ÉCHAPPE, POUR L'INSTANT, À LA RÉCESSION
L'Espagne et la France échappent pour l'instant à la "récession technique", ne connaissant pas deux trimestres de baisse consécutifs. La France, parce qu'elle affiche une très légère progression, de 0,14 %, de son PIB au troisième trimestre, après un recul de 0,3 % au trimestre précédent. L'Espagne, parce que si son PIB au troisième trimestre connaît une baisse de 0,2 %, il était en hausse de 0,1 % au deuxième trimestre.
Les Pays-Bas enregistrent, pour leur part, une croissance nulle (0 %) pour le deuxième trimestre consécutif, mais selon le ministre des finances, Wouter Bos, l'économie néerlandaise pourrait subir une contraction en 2009.
Par ailleurs, l'ensemble des 27 pays de l'Union européenne échappent, pour l'instant, à la récession. Ils ont connu une contraction de leur PIB de 0,2 % au troisième trimestre, mais après une croissance nulle (0 %) au deuxième, selon Eurostat.
Jeudi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait déjà annoncé que les économies des pays membres étaient "entrées en récession", prévoyant, après une croissance médiocre de 1,4 % en 2008, une récession de 0,3 % en 2009.
Les agences de notation ne veulent pas endosser le rôle de bouc émissaire
LE MONDE | 14.11.08 | 14h19
Claire Gatinois
Décidés à refonder l'architecture financière mondiale, "sans tabou et sans bouc émissaire", pour éviter une répétition de la crise, les chefs d'Etat, réunis lors du G20 de Washington, samedi 15 novembre, évoqueront le sort des agences de notation. Ces entités chargées d'évaluer la qualité du crédit des entreprises ont été violemment critiquées dans cette crise, taxées tantôt d'incompétence, de manque de déontologie ou encore suspectées de mal gérer les conflits d'intérêt liés à leur profession.
Les grands acteurs du marché, Moody's, Standard & Poor's et Fitch, ont, de fait, reconnu avoir mal apprécié les risques liés à certains titres de crédit, en particulier ceux des fameux subprimes, ces crédits hypothécaires au coeur de la crise. Etiquetés parfois "AAA" par les agences, c'est-à-dire la meilleure note, ces titres de dette ont ainsi été achetés sur les marchés par des investisseurs du monde entier sans conscience de leur dangerosité. Surtout, les agences qui sont rémunérées par les entreprises qu'elles notent ont aussi contribué à rendre le marché du crédit plus opaque en conseillant à leurs clients de créer des titres mêlant des crédits toxiques à d'autres crédits de meilleure qualité afin d'obtenir in fine la fameuse note AAA.
SURVEILLANCE PLUS STRICTE
Ces acteurs financiers sont aussi, et surtout, l'une des illustrations de l'échec de l'autorégulation vantée depuis les années 1980.
Soumises jusqu'à la crise à un simple code de bonne conduite, le G20 pourrait leur imposer des règles de surveillance beaucoup plus strictes. Elles pourraient notamment être tenues de s'enregistrer auprès d'un régulateur chargé de les surveiller et qui pourrait avoir un droit de regard sur leurs méthodes de travail.
Le G20 ira-t-il aussi loin ? Ou même plus loin ? Les agences, qui ont fait en partie leur mea culpa, refusent de servir de bouc émissaire. "Certains s'imaginent que la régulation est la solution à tous les problèmes, rien n'est moins sûr", s'agace un responsable d'agence.
La profession s'est déjà inquiétée des mesures souhaitées par l'Europe. Trois jours avant le sommet de Washington, la Commission a, notamment, proposé d'empêcher aux agences d'aider leurs clients à mettre au point des produits financiers à risque et de les obliger à rendre publics les critères utilisés pour attribuer leurs notes.
Mais si Moody's et Standard & Poor's approuvent la nécessité de renforcer la surveillance financière mondiale, elles redoutent que des règles trop intrusives et rigides mettent à mal leur "indépendance d'opinion". En outre, les agences mettent en avant la nécessité, dans une économie mondiale, d'ériger des règles internationales qui ne donnent pas lieu à des interprétations nationales divergentes qui empêcheraient de comparer leurs notes d'un pays à l'autre.
La presse internationale sceptique sur l'issue du G20
LEMONDE.FR | 14.11.08 | 16h21 • Mis à jour le 14.11.08 | 16h49
Jean-Baptiste Chastand
Le sommet du G20 qui débute vendredi 14 novembre à Washington laisse la presse internationale dubitative. En Allemagne, le Spiegel préfère rebaptister ce sommet celui "du plus petit dénominateur commun". "Les intérêts des participants sont trop différents", assure le site de l'hebdomadaire allemand, pour qui, même l'Union européenne arrive "avec des propositions vagues" faute d'accord interne. Résultat, les participants – les pays industrialisés et les principaux pays émergents – ne devraient s'entendre que sur une chose : "Les plans de soutien, qui de toute façon ont déjà été lancés dans la plupart des pays."
Même le très libéral The Economist affiche son pessimisme, sans toutefois se départir de sa traditionnelle ironie. "Les chefs d'Etat qui participeront au sommet du G20 sont présomptueux : (...) s'ils veulent que leur appel à un deuxième Bretton Woods tienne ses promesses, (...) il faut établir un nouvel ordre économique", clame l'hebdomadaire britannique, qui doute visiblement des capacités des dirigeants actuels d'y parvenir. PourThe Economist, il y a deux manières de voir le sommet : on peut soit "se réjouir (...) de l'ambition des politiques de prendre en main des questions si importantes", soit craindre "qu'une fois les lumières des médias éteintes, les participants décident de quelque chose de modeste". L'hebdomadaire londonien penche plutôt pour la seconde option.
"LA PREMIÈRE ÉTAPE VERS LE REDRESSEMENT"
Le Washington Post préfère insister sur la brièveté du sommet : les dirigeants se retrouvent vendredi soir à partir de 18 heures (minuit à Paris) et le communiqué final est attendu pour 15 heures le samedi. Un conseiller de l'ambassade de France précise ainsi que "Nicolas Sarkozy va arriver vendredi à 18 heures et repartir samedi juste après le sommet". "Quatre heures pour refonder le capitalisme", s'amuse égalementle site d'informations espagnol soitu.es.
Mais, les chefs d'Etat n'ont pas quitté leur pays sans annoncer ce qu'ils comptaient défendre à Washington. Dans une interview au Süddeutsche Zeitung, la chancelière allemande, Angela Merkel, exige ainsi une réforme globale de la finance. "Je ne comprend pas que, juste après que l'Etat a évité le pire, certains mettent déjà à nouveau en garde contre un excès de régulation" prévient-elle, en plaidant notamment pour un renforcement du rôle du Fonds monétaire international (FMI). L'Indian Express rapporte également les propos du premier ministre indien, Manmohan Singh, qui craint le retour "des tendances protectionnistes" , qui pourraient défavoriser les produits issus des pays émergents.
Finalement, peu de journaux affichent un brin d'optimisme. Parmi eux, le Financial Times, qui voit dans ce G20 "la première étape vers le redressement" et loue le symbole d'un sommet qui convie également les pays émergents. Le Monde salue également cette "bonne nouvelle" mais met en garde les dirigeants de la planète contre l'usage de "propos incantatoires" ou la "désignation de boucs émissaires comme les agences de notation".
L'OPEP va tenter d'éviter une chute du baril de pétrole sous 50 dollars
LE MONDE | 14.11.08 | 14h24 • Mis à jour le 14.11.08 | 14h24
Jean-Michel Bezat
A la fin de l'été, avant la crise financière et le début de la récession mondiale, aucun dirigeant des pays producteurs, pas plus que les patrons des compagnies pétrolières ou les analystes n'imaginaient que le prix du baril (159 litres) retomberait autour de 50 dollars après avoir dépassé 147 dollars mi-juillet. Intervenant de poids sur les marchés pétroliers, la banque d'affaires américaine Goldman Sachs le voyait à 200 dollars. Le PDG du géant russe Gazprom, Alexeï Miller, surenchérissait à 250 dollars...
A moyen terme, le prix du baril augmentera de nouveau, mais l'heure est à des prix bas à mesure que la demande recule et que les stocks de brut et de carburants se reconstituent. A Londres, le brent de la mer du Nord pour livraison en décembre a retrouvé, jeudi 13 novembre, son niveau de mai 2005, en touchant 50,60 dollars en séance. Le panier des différents bruts des douze membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est passé sous cette barre. Ils assurent 42 % de la production mondiale.
Dans les pays producteurs, qui estiment qu'un juste prix se situe entre 75 dollars (Arabie saoudite, Koweït, Algérie...) et 100 dollars (Iran, Venezuela), l'inquiétude est à son comble.
Sans attendre la réunion prévue le 17 décembre à Oran (Algérie), les ministres de l'OPEP se retrouveront le 29 novembre au Caire, où une réunion ordinaire de l'OPAEP, la branche arabe du cartel, était déjà programmée. "Si les cours poursuivent leur baisse, il est très probable que l'OPEP devra prendre une nouvelle décision concernant une réduction de l'offre", a déclaré son président, l'Algérien Chakib Khelil, dans un entretien à l'agence Reuters.
RESSERRER LE ROBINET
Cette mesure suffira-t-elle ? Une première réunion extraordinaire de l'OPEP, tenue le 24 octobre au siège du cartel, à Vienne, avait débouché sur la décision de diminuer la production de 1,5 million de barils par jour à partir du 1er novembre. Le 10 septembre, les pays exportateurs avaient déjà décidé de resserrer le robinet (- 520 000 barils). Les retraits annoncés n'ont eu aucun effet sur les cours, qui ont continué à reculer, la baisse de production de certains pays (Arabie saoudite, Qatar, Nigéria, Venezuela, Emirats...) ayant été compensée par une production accrue en Irak, en Angola et en Libye.
Tout s'est conjugué, ces derniers mois, pour entraîner un recul de la consommation : l'envolée des prix des carburants à la pompe, qui a poussé les automobilistes à moins rouler ; le retrait des opérateurs qui se sont délestés de leurs "barils papiers" ; la forte baisse de l'activité économique.
Le pessimisme est désormais de mise sur les perspectives de consommation d'or noir. Dans son rapport mensuel publié jeudi, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a de nouveau révisé ses prévisions, surtout pour les pays industrialisés. La consommation mondiale tomberait à 86,2 millions de barils par jour en 2008 (+ 120 000 barils) et à 86,5 millions de 2009 (+ 350 000 barils) en raison de "la détérioration des conditions économiques" dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Les prévisionnistes de l'AIE pèchent sans doute encore par excès d'optimisme. Aux Etats-Unis, qui brûlent un quart de la production de pétrole, la consommation a reculé de 6,6 % sur un an. Il est probable que la demande mondiale sera moins élevée en 2009 qu'en 2008, notent plusieurs experts du secteur. Ce serait une situation sans précédent depuis 1983.
Les avis sont encore divergents sur le prix moyen du pétrole l'an prochain. L'Agence américaine d'information sur l'énergie, qui dépend du Département de l'énergie (DoE), a ramené sa prévision à 63,50 dollars. L'AIE estime qu'un baril vaudra 80 dollars - 30 dollars de moins que dans ses estimations des trois derniers mois (110 dollars). Certains analystes n'excluent plus que son prix tombe momentanément jusqu'à 30 dollars. Les compagnies pétrolières (ExxonMobil, Shell, Total, SaudiAramco...) doivent prendre en 2009 des décisions d'investissements dans des projets gourmands en capitaux. Leur visibilité financière a rarement été aussi réduite qu'aujourd'hui.
La Tribune - 12/11/2008 à 05:42
Natixis : perte de 1 milliard d'euros sur les marchés
Selon les informations de "La Tribune", des opérations de trading ont couté 975 millions d'euros à la banque en octobre. Cette perte pourrait bien être fatale au directoire de Natixis. La direction dément cette perte.
Selon les informations exclusives de "La Tribune", Natixis, la banque d'investissement et de financement des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, a englouti sur les marchés boursiers au cours du mois d'octobre la bagatelle de 975 millions d'euros. Cette perte sera comptabilisée sur le quatrième trimestre. Elle vient s'ajouter à celle déjà dévoilée par la Tribune le 17 octobre dernier et qui s'est traduite par une perte de 751 millions d'euros pour la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne.
Natixis dément cette information. Mais si elle se confirme tout de même, la banque qui présente demain jeudi ses résultats au titre du troisième trimestre devrait dans ces conditions émettre un avertissement sur ses résultats pour le dernier trimestre.
La filiale de l'Ecureuil et des Banques Populaires évalue à environ 250 millions d'euros ses pertes en octobre, en raison d'un marché "extrêmement difficile, sans précédent connu pour ses activités" et "sans qu'aucun dysfonctionnement puisse être invoqué". A ce chiffre s'ajoutent "250 millions d'euros environ" de provisions passées en octobre pour prendre en compte les risques liés à la crise financière. Le coût du risque serait resté stable en octobre.
La banque Dexia enregistre de très lourdes pertes
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 14.11.08 | 09h20 • Mis à jour le 14.11.08 | 09h33
La banque franco-belge Dexia a enregistré au troisième trimestre une perte colossale de 1,544 milliard d'euros, en raison de la crise financière, selon un communiqué publié vendredi 14 novembre, avant l'ouverture des Bourses en Europe. Première banque européenne, avec Fortis, à avoir été secouée par la crise mi-septembre, en raison de son exposition aux crédits hypoyhécaires à risque (subprimes), Dexia avait bénéficié d'un plan de sauvetage des Etats belges, français et luxembourgeois, le 30 septembre.
Les revenus du groupe sont en baisse de 78 % par rapport à l'année précédente. Dexia laisse planer la perspective de suppressions d'emplois, indiquant que les partenaires sociaux "seront informés et consultés en temps utile et avant qu'une quelconque décision ne soit prise". Le groupe a également annoncé un plan de transformation de la banque pour assurer sa solidité financière et survivre à la crise, notamment par un programme de réduction de coûts de 15 % au cours des trois prochaines années.
La banque a par ailleurs annoncé la cession de sa filiale américaine FSA, une société de rehaussement de crédit qui détient des actifs dits toxiques et a lourdement pesé dans ses déboires, au réhausseur de crédit américain Assured Guaranty. Mardi, un communiqué indiquant que Dexia envisager de céder tout ou partie de FSA avait fait bondir l'action de la banque à la Bourse de Paris. La vente de FSA ne comprend pas l'activité "financial products", qui intègre l'ensemble des titres financiers les plus risqués ; ceux-ci bénéficieront désormais de la garantie des Etats français et belge.
A l'issue de l'opération, Dexia contrôlera 24,7 % du capital d'Assured Guaranty, qui figure parmi les rehausseurs de crédit ayant le mieux résisté à la crise sévère qui a frappé ce secteur, notamment grâce à la récente entrée au capital du milliardaire américain Wilbur Ross.
L'Etat ne tient pas ses promesses pour la rénovation des banlieues
LE MONDE | 12.11.08 | 09h36 • Mis à jour le 12.11.08 | 09h57
Luc Bronner
Placée au cœur de l'action gouvernementale pour les quartiers sensibles, la politique de rénovation urbaine présente un bilan très mitigé, cinq ans après son lancement. Dans un rapport inédit, qui devrait être rendu public fin novembre, le comité d'évaluation et de suivi de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) met en évidence l'importance des retards accumulés, l'insuffisance des ressources budgétaires et l'impossibilité de tenir les promesses effectuées depuis le lancement du programme par Jean-Louis Borloo en 2003.
La critique est d'autant plus sévère que les experts soulignent l'insuffisance des moyens accordés au reste de l'action gouvernementale, notamment au plan banlieue de Fadela Amara.
Des objectifs revus à la baisse. "Les trois quarts des crédits de l'Agence ont financé la moitié des objectifs du programme", s'inquiètent les rapporteurs. Plus de 9 milliards d'euros, sur les 12 milliards attribuables par l'ANRU d'ici à 2013, avaient déjà été programmés fin 2007.
A cette somme importante s'ajoutent des subventions des collectivités locales et des organismes HLM. Mais le total ne permet de financer que 45,3% des démolitions (sur les 250000annoncées), 42% des reconstructions (sur 250 000), 54,4 % des réhabilitations (400 000) et 62,4 % des résidentialisations (400 000).
"Il est donc probable que les crédits disponibles ne permettront pas d'atteindre les objectifs du programme", indique, de manière diplomatique, le rapport. Ce qu'un de ses auteurs résume plus crûment : "Le programme risque d'échouer."
Des retards dans les travaux. Au décalage important entre objectifs et programmations, s'ajoutent des retards "conséquents" dans l'engagement physique des travaux. Cette situation explique le ressentiment, parfois la colère, exprimés par les habitants et les élus quant à la lenteur des changements sur le terrain.
Le rapport révèle que, fin 2007, 43,7 % seulement des opérations programmées avaient été effectivement lancées. Une partie de ces retards relève certes des difficultés habituelles dans les chantiers. Mais le comité souligne que c'est la lourdeur des procédures administratives qui a le plus ralenti les opérations.
Des problèmes budgétaires. Le contexte économique complique encore la situation : alors que l'ANRU bénéficie d'enveloppes financières "fermées", les besoins ont explosé, notamment avec la hausse du coût de la construction (+24,6 % entre 2003 et 2007). Le comité d'évaluation anticipe aussi dans l'avenir des "difficultés financières" pour l'ANRU, du fait de l'"insuffisance chronique" des subventions de l'Etat.
Dans son budget 2009, le gouvernement prévoit ainsi de réduire sa subvention au strict minimum en demandant au 1 % logement d'assumer quasi intégralement le financement de l'ANRU. Cette tendance au "désengagement financier" est qualifiée de "menace" par les experts, qui réclament, à l'inverse, le lancement d'un second plan Borloo porté par l'Etat.
Des doutes sur la mixité sociale. La rénovation urbaine devait permettre de favoriser la mixité sociale, grâce à des démolitions d'immeubles suivies de reconstructions sur d'autres sites. Le comité estime que le mouvement est entravé par "les comportements malthusiens de certains élus qui freinent, voire empêchent la construction de logements sociaux sur leur territoire". A l'inverse, les experts notent "la résistance" d'élus face aux démolitions de logements dans leur commune, dans le but de maintenir, sans doute à leur profit électoral, la sociologie des quartiers.
En conséquence, la diversification de l'habitat – qui constituait une des motivations premières du programme – apparaît inégale selon les projets, en particulier en région parisienne, où 58 % des logements seront reconstruits sur place. Cette proportion atteint même 81 % en Seine-Saint-Denis et 82 % en Seine-et-Marne. "L'importance des reconstitutions sur site est de nature à compromettre définitivement l'objectif de mixité sociale", regrette le comité d'évaluation.
Un manque de suivi. La rénovation urbaine a d'abord été pensée comme une intervention sur le bâti, en minorant les questions sociales. Le rapport fait état d'"un déficit de gestion urbaine de proximité qui pourrait menacer les investissements de l'ANRU". Les experts signalent que, faute de suivi humain, des dégradations ont déjà été observées sur "plusieurs sites emblématiques de la rénovation urbaine".
Ségolène Royal peut-elle sauver le PS de l'explosion?
La Tribune de Genève 12.11.2008 | 00:02 JEAN-NOËL CUÉNOD PARIS Selon ses amis, elle fera acte de candidature pour succéder à son ex-compagnon à la direction du PS. Le corps du socialisme français demeure robuste. Mais sa tête paraît bien malade. Pourquoi? François Bayrou et Olivier Besancenot s’imposent dans les conversations des socialistes avant le Congrès de Reims.
La Jeanne d’Arc du PS français sera-t-elle sacrée à Reims, à l’instar des rois? Les amis de Ségolène Royal en sont persuadés. Info ou intox?
La réussite – ou du moins l’absence d’échec flagrant – du Congrès socialiste qui se tiendra de vendredi à dimanche à Reims est indispensable pour assurer la survie du premier parti d’opposition. En effet, celui-ci menace d’exploser en raison des divisions qui affectent sa direction.
Cette situation périlleuse permet à l’ancienne candidate socialistes à l’élection présidentielle de détenir les cartes maîtresses qui devraient la propulser sur le siège de premier secrétaire du PS. Certes, sa motion n’a pas recueilli la majorité des votes des militants socialistes (29%). Mais elle passe devant les professions de foi du favori Bertrand Delanoë (25%), de Martine Aubry (25%) et de Benoît Hamon (19%), chef de l’aile gauche. Ségolène Royal va faire les concessions nécessaires pour parvenir à formuler une motion de synthèse qui réunira la plus grande majorité possible au sein des délégués de sections. C’est là tout l’enjeu du Congrès de Reims. Nantie de ce viatique essentiel, elle sera alors élue premier secrétaire du PS par l’ensemble des militants, le 20 novembre prochain.
Un culot sarkozien
Elle tente donc maintenant, de devenir la fédératrice de ce parti. Comment y parvient-elle? Tout d’abord par un savant matraquage médiatique que met en place une équipe de communicants très performante. La femme de théâtre Ariane Mnouchkine en fait partie. Ensuite, par un culot qui rappelle celui du président Sarkozy. Dans sa motion, n’a-t-elle pas promis aux militants-électeurs une baisse des cotisations à 20 euros? Difficile de faire plus démagogique! Enfin et surtout, Ségolène Royal est l’unique dirigeante socialiste à pouvoir réunir 4000 spectateurs au Zénith de Paris dans un show plus bling-bling que poings tendus. Dès lors, ses adversaires doivent bien en convenir: pour éviter que le navire coule, la médiatique Ségolène est la mieux placée. Cela dit, le poste de premier secrétaire n’est pas un cadeau. Elu à cette charge en 1993, Michel Rocard y a brisé la suite de sa carrière politique.
Le futur premier secrétaire héritera d’un parti à la fois malade et sain. Côté pathologie, le PS se révèle incapable de renouveler ses têtes dirigeantes. Ce sont toujours les mêmes «éléphants» qui barrissent dans le marigot politico-médiatique. Or, aucun d’entre eux ne parvient à se détacher du lot, contrairement à Sarkozy vis-à-vis de la droite ou Mitterrand, lors de la création du PS en 1971. De plus, dans les sections locales, ces «éléphants» verrouillent consciencieusement les accès aux hautes sphères afin d’empêcher d’éventuels «éléphanteaux» de les rejoindre. Certes, des figures nouvelles apparaissent. Mais en trop faible quantité pour qu’on puisse parler de régénération.
Un parti de hobereaux
Cela dit, les responsables aux échelons inférieurs n’ont pas forcément envie de grimper. Car si le cerveau du PS bat la campagne, le corps de ce parti, lui, affiche une santé assez robuste. Après tout, les socialistes ont remporté toutes les élections locales. Or, avec la décentralisation, les baronnies provinciales sont dotées d’attraits nouveaux. Entre une mairie et un ministère, le choix penche de plus en plus en faveur de la magistrature municipale. Mieux vaut être le premier à Périgueux que le second à Matignon! Effet pervers: un socialiste élu local du sud-ouest m’a avoué que son parti n’occupant pas l’Elysée, il reste populaire dans la «France d’en bas». Ce qui a facilité sa réélection! Dès lors, si le PS veut retrouver le pouvoir national, il ne pourra plus se contenter de rester un parti de hobereaux.
Bayrou et Besancenot en «parasites»
Ils ne seront pas physiquement présents à Reims. Mais les deux «B» parasiteront les travaux du congrès socialiste: le centriste Bayrou et l’«anticapitaliste» Besancenot illustrent cet écartèlement entre deux pôles, qui peut faire craquer le PS. Mettant à profit l’atonie des socialistes accaparés par la succession de François Hollande à leur tête, le patron du MoDem François Bayrou s’est posé en opposant principal du président Sarkozy. Dès lors, Ségolène Royal envisage, après avoir rassemblé toute la gauche, de tendre la main à «tous les démocrates»
(selon sa motion). En clair: à Bayrou et à son MoDem. Or, les «éléphants» se montrent très divisés à ce propos. L’alliance avec Bayrou sera donc l’un des thèmes dominants du congrès et constituera une pomme de discorde bien empoisonnée.
De même, le leader de l’extrême gauche Olivier Besancenot exercera son charme néomarxiste à l’endroit des militants de la gauche socialiste qu’il espère bien attirer dans son Nouveau Parti Anticapitaliste en voie de construction. Un charme qui agit comme une sorte de mauvaise conscience gauchiste dans l’esprit de nombreux socialistes.
Pourquoi les socialistes français sont différents de leurs camarades européens
Tous les partis sociaux-démocrates d’Europe ont traversé une crise d’identité après l’effondrement de l’Empire soviétique; ils l’ont résolue avec plus ou moins de bonheur. En France, ce mal-être a pris un tour particulier: jusqu’à maintenant, les dirigeants du PS ont démontré leur incapacité à faire émerger une personnalité fédératrice. François Mitterrand n’a pas trouvé de successeur, alors que dans les autres partis sociaux-démocrates le renouvellement des dirigeants s’est accompli. Pourquoi cette différence?
L’ancien premier secrétaire du PS Michel Rocard a donné cette explication lors d’une interview au Parisien: «Ce parti est né en 1905 sur une ambiguïté qui n’a jamais été levée; il ne sait toujours pas s’il doit accepter l’économie de marché ou s’il doit tout casser. Résultat, nous sommes la dernière formation des socialistes européens à n’avoir pas fait clairement ce choix.» Certes, le libéralisme façon Blair n’est plus de saison après le tsunami financier. Cela dit, ni le premier ministre travailliste Gordon Brown – pourtant très interventionniste – ni les sociaux-démocrates allemands ou scandinaves ne remettent en cause la société de marché. Ils prônent ce qu’ils ont toujours prêché, à savoir la régularisation des échanges économiques.
Pas de liens syndicaux
A cette ambiguïté originelle soulignée par Rocard s’en est ajoutée une autre qui en constitue la suite logique: le PS français est l’une des rares formations sociales-démocrates à n’avoir pas noué des liens étroits avec un syndicat puissant. En effet, l’idéologie révolutionnaire des socialistes de 1905 s’accordait mal avec la défense syndicale des travailleurs. Le «Grand Soir» devait tout résoudre. Améliorer les petits matins des prolétaires ne ferait que couper leur élan révolutionnaire. Dès lors, le Parti socialiste d’outre-Jura n’a pas pu compter sur ce vivier de cadres bien formés au dialogue social et à l’économie qu’offrent les syndicats aux autres formations du socialisme démocratique. Ce qui explique, avec d’autres facteurs, le manque de relève à la tête du PS français.
Bayrou fait son miel des déchirements à gauche
Libération 12 nov. 6h51 CHRISTOPHE FORCARI
Le congrès du Parti socialiste fera au moins un heureux en la personne de François Bayrou. Quelle qu’en soit l’issue finale, le président du Modem s’estime gagnant sur tous les tableaux. A côté des six motions officielles soumises au vote des militants, une septième, totalement officieuse, concernant une possible alliance avec le Modem, a alimenté les débats. D’où le choix du député des Pyrénées-Atlantiques de ne pas commenter les résultats du vote des adhérents socialistes. «François Bayrou est un sujet de débat chez les socialistes. Il ne va pas en plus devenir un des intervenants du prochain congrès», prévient un de ses lieutenants. «Pour nous l’essentiel est déjà acquis. Le vieux PS qui a fait l’essentiel de sa campagne interne sur le thème du refus de toute alliance avec le centre a perdu et sèchement», se félicite un proche de l’ancien candidat à l’élection présidentielle.
Alternance. Tout comme Ségolène Royal, François Bayrou, leader d’un parti d’opposition prêt à assumer l’alternance dès la présidentielle de 2012, sait qu’il ne pourra y parvenir sans un apport électoral extérieur. «La question de savoir qui s’alliera avec qui, et dans quel ordre, dépendra avant tout du rapport de force brute au soir du premier tour de l’élection présidentielle», assurent les stratèges du Modem. Déjà lors de l’université d’été de sa formation en septembre, François Bayrou avait troublé les débats internes du PS. «Le jour où la question de l’alternance sera à l’ordre du jour, la question sera celle de l’efficacité. Toute victoire électorale suppose des rassemblements. Nous aurons besoin les uns des autres le jour où il s’agira de construire ensemble», avait-il alors lancé. Une victoire de la ligne Royal donnerait un peu plus de corps à cette hypothèse. «Les socialistes ont jusqu’à présent refusé de trancher la question du leadership», martèle depuis des mois Bayrou. Pour lui, s’il n’y a pas d’affrontement clair entre les différents chefs de bande, la confusion régnera. Au contraire, si la bataille s’amplifie, elle risque de produire un nouveau congrès de Rennes. Dans les deux cas, le Modem entend incarner une alternative solide et crédible.
«Hypocrisie». Si les adversaires de Ségolène Royal l’emportent, François Bayrou espère bien attirer la grande masse des militants favorables aux centristes du Modem. «Tout cela est quand même d’une hypocrisie absolue. A Paris, Delanoë mène déjà une politique centriste tout en affirmant son rejet d’une alliance avec le Modem. A Lille, Aubry est déjà dans la réalité d’une alliance et dans une gestion centriste. Elle assume sa contradiction. Le maire de Paris absolument pas», confie un proche collaborateur de Bayrou. Ce dernier, qui a à peu près tout vu au sein de l’ancienne UDF, se garde néanmoins de rire des déboires du PS.
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